500 ans après les faits, la question reste plus vive qu'on ne le croit : qui a réellement accompli le premier tour du monde ? L'histoire retient souvent un seul nom, mais la réalité est plus complexe, mêlant ambition géopolitique, hasards tragiques et rivalités entre grandes puissances maritimes du XVIe siècle.
Les prémices de l'exploration maritime
Avant de lever l'ancre, l'Europe du XVe siècle réunissait déjà les conditions d'une ambition maritime sans précédent.
Les motivations économiques
Le commerce des épices constituait, au tournant du XVIe siècle, un enjeu économique considérable pour les puissances européennes. Les routes terrestres vers l'Asie, contrôlées par des intermédiaires ottomans et arabes, renchérissaient considérablement le poivre, la cannelle ou le clou de girofle. Trouver un passage maritime direct vers ces richesses permettrait de court-circuiter ces monopoles et de s'approprier des marges commerciales jusqu'alors inaccessibles.
Les avancées technologiques
La caravelle, développée par les Portugais au XVe siècle, a profondément transformé les possibilités de la navigation hauturière. Plus maniable que les embarcations médiévales, dotée de voiles latines permettant de remonter le vent, elle autorisait des traversées longues en haute mer, loin des côtes rassurantes. Sans cette innovation navale, les expéditions vers l'inconnu auraient été techniquement inenvisageables, faute de navires capables d'affronter les océans ouverts.
Portées par l'ambition commerciale et une navigation repensée, ces conditions réunies allaient permettre à Magellan de concevoir l'impensable.
L'expédition de Magellan
Départ et objectifs
Trouver une route occidentale vers les îles aux épices, telle était l'ambition qui poussa Ferdinand Magellan à appareiller de Séville en septembre 1519, à la tête d'une flotte de cinq navires et de quelque 270 hommes. Contourner le continent américain pour atteindre les Moluques sans passer par les routes contrôlées par le Portugal représentait un pari géopolitique autant que commercial, porté par la couronne espagnole et ses appétits pour le poivre, la muscade et le clou de girofle.
Les défis rencontrés
Tempêtes d'une violence extrême dans le détroit qui porte aujourd'hui le nom de Magellan, rations qui s'épuisent, équipages au bord de la mutinerie : les conditions météorologiques et les tensions internes ont failli avoir raison de l'expédition à plusieurs reprises. La faim, le scorbut et la défiance de certains capitaines envers leur commandant ont transformé ce voyage en une épreuve d'endurance autant que de navigation.
Le voyage de retour
Le commandement d'Elcano
La mort de Magellan aux Philippines, en avril 1521, laisse l'expédition sans chef et dans une position précaire. C'est Juan Sebastián Elcano, marin basque jusqu'alors peu en vue, qui reprend les rênes de la flotte. Sous son commandement, les équipages survivants parviennent à rallier l'Espagne en septembre 1522 à bord du Victoria, seul navire encore en état de naviguer. Elcano devient ainsi le premier capitaine à mener à bien une circumnavigation complète du globe terrestre.
Les conséquences du voyage
Au-delà de l'exploit humain, le retour de la Victoria à Séville en septembre 1522 a bouleversé les certitudes scientifiques et économiques de l'époque. La sphéricité de la Terre, jusque-là théorisée, se trouvait désormais confirmée par l'expérience directe, rendant caduques les représentations cartographiques héritées de l'Antiquité. De nouvelles routes commerciales vers les Moluques s'ouvraient par l'ouest, modifiant les équilibres géopolitiques entre puissances européennes et redistribuant les flux d'épices qui structuraient alors l'économie mondiale.
L'héritage de la première circumnavigation
Trois siècles de cartographie et de pensée scientifique ont été bouleversés par ce seul périple. En démontrant par les faits qu'il était possible de naviguer sans interruption autour du globe, l'expédition a définitivement ancré dans les esprits la sphéricité de la Terre, transformant une hypothèse théorique en certitude vécue. Ce basculement cognitif a entraîné une réorganisation profonde des équilibres géopolitiques et économiques du monde connu.
Les conséquences se lisent à plusieurs niveaux, chacun produisant des effets durables :
- Confirmation de la rondeur de la Terre : la preuve empirique a rendu caduques les représentations médiévales du monde, obligeant cartographes et savants à repenser entièrement leurs modèles géographiques.
- Ouverture de nouvelles routes commerciales : en reliant l'Atlantique au Pacifique, l'expédition a posé les fondations d'échanges intercontinentaux réguliers, préfigurant directement ce que l'on nomme aujourd'hui mondialisation.
- Renforcement du pouvoir maritime de l'Espagne : la Couronne a consolidé ses prétentions sur les mers du Sud, légitimant ses ambitions coloniales face au Portugal.
- Réévaluation des distances océaniques : les navigateurs ont compris que le Pacifique dépassait largement toutes les estimations antérieures, ce qui a modifié la planification de toutes les expéditions suivantes.
Les explorations ultérieures
Les nouvelles routes découvertes
Les décennies qui suivirent l'expédition de Magellan virent les puissances européennes cartographier méthodiquement des zones jusqu'alors inconnues. Les navigateurs espagnols et portugais, puis anglais et néerlandais, tracèrent peu à peu des routes vers l'Amérique du Nord, ouvrant l'accès à des territoires immenses, et vers l'Australie, dont les côtes restèrent longtemps mystérieuses avant d'être progressivement reconnues et documentées.
L'impact sur la cartographie
Chaque grande traversée a laissé une empreinte durable sur les planisphères de l'époque, enrichis de côtes, d'îles et de distances jusque-là inconnues. Les découvertes s'accumulent ainsi en un corpus cartographique progressif, où chaque explorateur comble un angle mort du monde connu.
| Explorateur | Découverte cartographiée | Année |
|---|---|---|
| Christophe Colomb | Amérique | 1492 |
| Vasco de Gama | Route maritime vers l'Inde | 1498 |
| Ferdinand Magellan | Circumnavigation du globe | 1522 |
| James Cook | Côtes australiennes | 1770 |
| Abel Tasman | Nouvelle-Zélande | 1642 |
Ce que l'expédition Magellan-Elcano a accompli dépasse la simple prouesse nautique : elle a prouvé, une fois pour toutes, que la Terre était bien ronde et traversable. Un fait que les cartes, les échanges commerciaux et toute la géographie moderne portent encore aujourd'hui en héritage.
Questions fréquentes
Qui a réalisé le premier tour du monde de l'histoire ?
L'expédition est partie sous le commandement de Fernand de Magellan en 1519, mais c'est Juan Sebastián Elcano qui l'a achevée en 1522, Magellan ayant été tué aux Philippines en avril 1521.
Quand a eu lieu le premier tour du monde ?
L'expédition est partie de Séville le 20 septembre 1519 et s'est achevée le 6 septembre 1522, soit près de trois ans de navigation pour boucler ce périple historique autour du globe.
Combien de personnes ont survécu au premier tour du monde ?
Sur les 270 hommes et cinq navires partis en 1519, seuls 18 survivants sont rentrés en Espagne à bord d'un unique vaisseau, la Victoria, épuisés mais auréolés d'une gloire immense.
Quel était l'objectif de l'expédition de Magellan ?
L'objectif principal était de trouver une route maritime vers les îles aux Épices (les Moluques) en naviguant vers l'ouest, afin de contourner le monopole portugais sur les routes orientales.
Magellan a-t-il vraiment fait le tour du monde ?
Non, Magellan n'a pas achevé le tour du monde. Tué aux Philippines le 27 avril 1521, c'est son second, Juan Sebastián Elcano, qui a ramené la Victoria en Espagne et complété la circumnavigation.